mercredi 5 mai 2021

COMMUNIQUE DE PRESSE SUR LE GRAND ORAL DU BACCALAUREAT

 

Communiqué de presse sur le Grand Oral du baccalauréat


La Conférence des associations de professeurs spécialistes dénonce l’absence de prise en compte de la situation sanitaire et des inégalités de préparation qu’elle a entraînées pour l’épreuve de Grand Oral. Nous restons convaincus de l’importance de l’oral dans la formation des lycéens, mais nous estimons que le maintien de cette nouvelle épreuve ne fera qu’accentuer les inégalités scolaires.

Le travail en demi-jauge, mis en place dans certains établissements, a pour conséquence un temps de préparation insuffisant pour les élèves concernés. De même, la règle sanitaire « un cas de Covid, une classe fermée », ainsi que l’isolement des élèves et professeurs détectés positifs, nécessaires sur le plan sanitaire, creuseront encore davantage les écarts de conditions de préparation à l’épreuve entre les territoires et les établissements.

Dans ces conditions, il est inenvisageable d’amener tous les élèves à maîtriser les techniques de l’oral et à acquérir l’autonomie que nécessite la préparation de l’épreuve. En effet, ces compétences sont par nature très difficiles à travailler en distanciel.

Maintenir le Grand Oral reviendrait à faire reposer 10 % du baccalauréat sur une épreuve à laquelle les élèves n’auront absolument pas été préparés. Enfin, minorer la pondération du Grand Oral dans l’ensemble des notes du baccalauréat, la ramener par exemple de 10 % à 5 %, ne changerait rien à l’inégalité des candidats devant l’examen.

En conséquence, la Conférence des associations de professeurs spécialistes réitère sa demande de suppression du Grand Oral pour la session 2021. 


  LISTE DES ASSOCIATIONS SIGNATAIRES 

APBG APDEN APEMu APHG APLV 

APMEP APPEP APSESAPSMS 

Sauvez les lettres SLNL UdPPC UPBM








samedi 20 février 2021

RECRUTER LES PROFESSEURS AU RABAIS : QUELLES PROMESSES POUR LA JEUNESSE ? TRIBUNE COLLECTIVE DES ASSOCIATIONS DES PROFESSEURS

 Après la publication d’un arrêté réformant le recrutement et la formation des professeurs de collèges et lycées, une trentaine d’associations d’enseignants [33 associations et sociétés d’enseignants, voir liste ci-dessous] demandent au gouvernement de revoir sa copie et de mettre en œuvre une « authentique concertation ».

L’Association des Professeurs d’Histoire et de Géographie - APHG a signé un texte de la Conférence des Associations de Spécialistes sur la réforme du CAPES. Cette tribune est également publiée sur le site du Journal du Dimanche - JDD (12 février 2021.)

Le ministère de l’Education nationale vient de publier un arrêté réformant, pour la troisième fois en une dizaine d’années, le recrutement et la formation des professeurs de collèges et lycées. S’il est bien des constats communs à tous les formateurs dans nombre de matières, c’est l’actuelle faiblesse de beaucoup de candidats dans les connaissances académiques et la perte d’attractivité des métiers d’enseignement. Cette réforme y répond-elle ? Assurément pas. Les universités et les instituts nationaux supérieurs du professorat et de l’éducation (Inspe), en charge de la formation des futurs enseignants et de la préparation des concours des CAPES et CAPET, sont sommés d’improviser des maquettes applicables dès la rentrée de septembre 2021. Cette précipitation reflète un constat lourd de conséquences : celui du refus ministériel de discuter sereinement d’une réforme majeure pour l’avenir de la jeunesse et du système éducatif, donc pour la société tout entière.

Deux nouveautés sont particulièrement inquiétantes, dans les épreuves des CAPES et CAPET et dans l’organisation des deux années de master MEEF qui préparent à ce concours. Une épreuve orale à fort coefficient consistera désormais en un entretien de motivation non disciplinaire, qui aboutira sans doute à la récitation mécanique et creuse d’une leçon de morale civique, réduisant d’autant la possibilité d’évaluer les connaissances que le futur professeur devra transmettre à ses élèves, et ce dans l’ensemble des disciplines qu’il devra enseigner. Par ailleurs, dans la nouvelle organisation du master, les étudiants devront, au cours de la deuxième année, cumuler la préparation du concours, la rédaction d’un mémoire de recherche, et un stage très lourd devant plusieurs classes, alors que jusqu’à présent ce stage s’effectuait une fois le concours obtenu, laissant à l’enseignant en formation le temps et la disponibilité pour apprendre véritablement le métier. Cela offrirait au ministère de gros bataillons de stagiaires scandaleusement sous-payés – peut-être est-ce là la vraie raison, purement comptable, de cette réforme – mais mettrait devant les élèves des enseignants dont le niveau disciplinaire n’aurait pas encore été évalué, et dont la charge de travail rendrait impossible l’investissement nécessaire dans la préparation des cours et l’apprentissage du difficile métier d’enseignant. Les premières victimes en seraient les élèves et les jeunes enseignants, sacrifiés sur l’autel de la rigueur budgétaire.

Ne nous y trompons pas : ces changements, qui peuvent apparaître techniques, mineront en profondeur la qualité de l’enseignement qui sera offert aux futures générations. Les professeurs n’exercent pas un métier comme les autres : ils forment les adultes et les citoyens de demain. Ils sont porteurs d’un savoir qu’ils transmettent à leurs élèves, souvent avec passion, et ce savoir doit plus que jamais être défendu comme une valeur centrale de l’enseignement, à l’heure où il est menacé de toutes parts par des « vérités alternatives » portées par des groupes et des individus prêts à les imposer par la violence et même le crime. Ce savoir ne s’oppose pas à l’apprentissage de la didactique, mais est au contraire le socle indispensable d’une pédagogie solide qui permet au professeur de transmettre les connaissances et de former à l’esprit critique les futurs citoyens. Affaiblir le premier au prétexte de renforcer le second, au nom d’une professionnalisation mal pensée, prétexte depuis si longtemps à tous les mauvais coups portés à la formation des enseignants, est une absurdité qui ne conduira qu’à affaiblir cet équilibre nécessaire.

Quels professeurs voulons-nous pour les générations de demain ? Des techniciens de l’enseignement, formés et évalués suivant un système de compétences transdisciplinaires qui tendent à se substituer aux contenus et méthodes de nos disciplines, immédiatement employables et à qui l’on demandera simplement de restituer un savoir officiel, dûment contrôlé ? Ou des professeurs maîtrisant pleinement leurs savoirs et capables à partir de là de construire une pédagogie adaptée à leurs élèves ? En amputant drastiquement la part de contrôle des connaissances dans les épreuves du CAPES et du CAPET, en réduisant la formation disciplinaire des futurs enseignants, en sacrifiant leur année de stage pour faire des économies budgétaires, le ministère a fait un choix lourd de conséquences, qui n’a pas fait l’objet d’un débat public contradictoire. L’enjeu est aussi celui de l’attractivité du métier d’enseignant pour les étudiants, du rôle de l’Université dans la formation des maîtres et celui de la revalorisation symbolique et matérielle des professeurs. Recruter au rabais, qu’est-ce promettre à la jeunesse ?

C’est pourquoi nous demandons que cette réforme mal préparée soit reportée et qu’une nouvelle version des arrêtés soit précédée d’une authentique concertation avec tous les acteurs du secteur éducatif, et non imposée à la va-vite dans le contexte de crise sanitaire actuel.

Signataires :

1. Association des Formateurs des Professeurs de SVT (AFPSVT)
2. Association Française d’Etudes Américaines
3. Association française de sociologie (AFS)
4. Association des germanistes de l’enseignement supérieur (AGES)
5. Association des historiens contemporanéistes de l’enseignement supérieur et de la recherche (AHCESR)
6. Association des historiens modernistes des universités françaises (AHMUF)
7. Association des Professeurs d’Archéologie et d’Histoire de l’art des Universités (APAHAU)
8. Association des professeurs de biologie et de géologie (APBG)
9. Association des professeurs d’éducation musicale (APEMU)
10. Association des professeurs d’histoire et de géographie (APHG)
11. Association des Professeurs de Langues Anciennes de l’Enseignement Supérieur (APLAES)
12. Association des professeurs de langues vivantes (APLV)
13. Association des professeurs de lettres (APL)
14. Association des professeurs de mathématiques de l’Enseignement public (APMEP)
15. Association des professeurs de philosophie de l’Enseignement public (APPEP)
16. Association des professeurs de sciences économiques et sociales (APSES)
17. Association des professeurs de sciences médico-sociales (APSMS)
18. Comité National Français de Géographie (CNFG)
19. Coordination Nationale des Associations Régionales des Enseignants de Langues Anciennes (CNARELA)
20. Sauver les Lettres
21. Société des Anglicistes de l’Enseignement Supérieur (SAES)
22. Société d’études anglo-américaines des XVIIe et XVIIIe siècles
23. Société française d’études irlandaises (SOFEIR)
24. Société Française des Microscopies (SfM)
25. Société française de philosophie
26. Société Française de Physique (SFP)
27. Société Française de Statistique (SFdS)
28. Société des historiens médiévistes de l’enseignement supérieur public (SHMESP)
29. Société des langues néolatines (SLNL)
30. Société Mathématique de France
31. Société des professeurs d’histoire ancienne de l’université (SoPHAU)
32. Union des professeurs de Physiologie, Biochimie et Microbiologie (UPBM)
33. Union des professeurs de physique chimie (UdPPC)

La réforme du lycée et du baccalauréat, imposée par le ministère contre l’avis des professeurs, nuit à la qualité du travail des élèves de Première et de Terminale.

 La préparation des «  épreuves communes  », les épreuves anticipées de français, l’épreuve de spécialité abandonnée en fin de Première, les épreuves de spécialité conservées en Terminale, l’épreuve de philosophie, le Grand oral — qui ne bénéficie d’aucun moyen ni horaire spécifiques — l’élaboration par les élèves de leur projet d’orientation, le choix des vœux qu’ils formulent sur Parcoursup : le calendrier imposé par la réforme institutionnalise le désordre. Il exerce sur les élèves une pression qui les empêche de travailler sereinement. Il rend impossible la maîtrise de nouveaux programmes trop volumineux, et conçus sans tenir compte des conditions réelles d’apprentissage.


Cette désorganisation affecte aussi le travail des professeurs et des personnels. Elle exige de leur part une dépense d’énergie disproportionnée, qui les détourne de leurs tâches essentielles.


Contrairement à ce qu’affirme le ministre Jean-Michel Blanquer, la réforme n’a pas pour effet de simplifier le baccalauréat, mais elle rend son organisation absurdement complexe. Elle affecte la qualité des apprentissages, fragilise les élèves en les privant des repères que leur donne le groupe-classe, et compromet ainsi leur réussite dans le Supérieur.


La crise sanitaire aggrave les méfaits de la réforme.


À cause du confinement, les élèves n’ont pu bénéficier en 2019-2020 d’une année scolaire normale. Rien de concrètement réalisable n’a été mis en place à la rentrée pour remédier à leurs lacunes.


Pour répondre aux contraintes d’une nouvelle année très incertaine, pendant laquelle élèves et professeurs vont travailler sous la menace permanente de la pandémie, les mesures proposées par le ministère sont insuffisantes et inadéquates. D’une part, en supprimant les épreuves communes, on étend le contrôle continu, ce qui accroît encore la pression que la réforme fait déjà peser sur les élèves, et affaiblit encore davantage la valeur nationale du baccalauréat. D’autre part, le travail «  hybride » instauré par certains établissements, certes nécessaire pour garantir la sécurité sanitaire, aggrave les inégalités entre les élèves et les établissements, compromet la continuité pédagogique et donc la préparation à l’examen.


Le ministère a refusé toute demande d’aménagement des programmes quand il en était encore temps. Il convient maintenant d’aménager les épreuves et le calendrier.
 
Nous demandons donc pour cette année :
- le report à juin des épreuves de spécialité, pour laisser aux élèves le temps d’y être effectivement préparés ;
- la suppression de l’épreuve du Grand oral  ;
- un aménagement de toutes les épreuves du baccalauréat  ;
- une limitation des contenus des programmes attendus pour les épreuves.
 
Pour les années à venir, nous demandons une remise à plat de la réforme. Au minimum, le calendrier aberrant imposé par la réforme doit être réaménagé, et une réflexion approfondie doit être conduite sur les programmes, sur la définition du Grand oral et sur les moyens alloués à sa préparation.
 

Associations et organisations signataires

Membres de la Conférence des associations de professeurs spécialistes:

APBG (Association des professeurs de biologie et géologie)
APEMu (Association des professeurs d’éducation musicale)
APHG (Association des professeurs d’histoire-géographie)
APMEP (Association des professeurs de mathématiques de l’enseignement public)
APPEP (Association des professeurs de philosophie de l’enseignement public)
APSES (Association des professeurs de sciences économiques et sociales)
APSMS (Association des professeurs de sciences médico-sociales)
APVL (Association des professeurs de langue vivante)
CNARELA (Coordination nationale des associations régionales des enseignants de langues anciennes)
Sauvez les lettres
SLNL (Société des langues néo-latines)
UdPPC (Union des professeurs de physique-chimie)
UPBM (Union des professeurs de physiologie, biochimie et microbiologie)
 

Autres associations: 

- FACE-PUBLIC(s), Association nationale des professeurs et partenaires artistiques du théâtre au lycée

Organisations syndicales:

- CGT Éduc’action
- FIDL
- SNALC
- SNES-FSU
- MNL
- SUD Éducation
- UNL


lundi 11 mai 2020

Aménager les programmes scolaires 2020-2021 : une nécessité pour assurer la continuité des apprentissages des élèves.


Aménager les programmes scolaires 2020-2021 : 
une nécessité pour assurer la continuité des apprentissages des élèves.

Communiqué de presse de la conférence des associations de professeurs spécialistes

Le jeudi 23 avril 2020, le groupe de travail « enseignement scolaire » de la commission de la culture, de l’éducation et de la communication du Sénat a publié un document regroupant 11 préconisations pour permettre la réouverture des établissements dans des conditions sanitaires et pédagogiques satisfaisantes. Rédigé par des sénatrices et  sénateurs représentatifs de la diversité des courants politiques, ce rapport pointe aussi l’importance de « prendre en compte les effets du confinement sur les apprentissages des élèves dans le cadre de la rentrée scolaire 2020 ». Dès à présent, le groupe de travail estime nécessaire de préparer la rentrée 2020 en conséquence.
L’une des pistes évoquées a retenu notre attention : l’adaptation des programmes scolaires. Nous pensons en effet, avec les parlementaires qui composent cette commission, que « les programmes de la rentrée 2020 doivent intégrer les lacunes d’apprentissage des élèves ».
Il nous paraît donc nécessaire de permettre aux professeurs d’intégrer à leur rythme les points essentiels des programmes qui n’ont pas pu l’être cette année. Il faudra prévoir, comme le préconise ce rapport, des aménagements aux programmes. Des heures en effectifs réduits seront également nécessaires.
C’est pourquoi nous demandons que ce travail soit engagé au plus tôt, d’autant plus que les programmes viennent d’être profondément remaniés au lycée.
Les associations disciplinaires devront être consultées sur ces aménagements et leur avis réellement pris en compte.

APBG,  APEMu, APHG,  APLettres,  APMEP, APPEP,  APSES,  APSMS,  SLL, SLNL,  UdPPC,  UPBM

contact : conferenceassociationsspecialistes@orange.fr

samedi 28 décembre 2019

COMPTE RENDU DE L’AUDIENCE AVEC MATTHIEU LAHAYE, CONSEILLER PEDAGOGIQUE DU MINISTRE

COMPTE RENDU DE L’AUDIENCE AVEC MATTHIEU LAHAYE, CONSEILLER PEDAGOGIQUE DU MINISTRE


Le vendredi 13 décembre, une délégation de la Conférence représentant les associations disciplinaires a été reçue par le conseiller pédagogique du Ministre. Elle se composait de Marie-Thérèse Lehoucq (UdPPC), missionnée pour les disciplines scientifiques (maths, physique-chimie, SVT), Jean-Luc Breton (APLV), Solène Pichardie (SES), Marie Pantaloni (UPBM pour les séries technologiques), Christine Guimonnet (APHG et secrétaire de la Conférence).

Cette rencontre avait été sollicitée par la Conférence après une première réunion de travail inter-associations fin septembre pour faire un premier bilan de cette rentrée dans le cadre de la réforme. Les discussions internes ont débouché sur la publication d’un communiqué.  [1]

Au bout de trois mois de cours, un certain nombre de problèmes émergent, des questions se posent, certaines réponses sont floues. Au cours de la discussion sont abordées les problématiques suivantes : les E3C et la BNS ; la numérisation des copies ; la rémunération de ces corrections ; la mise en œuvre globale de la réforme et les programmes. La réunion a permis de mettre en exergue les problèmes concrets les plus fréquents, sans pour autant donner un catalogue par discipline, l’objectif étant d’avoir des réponses claires pour les collègues toutes disciplines confondues, et de faire remonter les inquiétudes du terrain, dans un contexte tendu. D’autres réunions permettront le suivi attentif de la réforme programmée du CAPES et de l’entrée dans le métier, qui préoccupe légitimement nos associations. La réforme du concours et la formation feront l’objet de la plus grande vigilance.
La réforme présentée par la communication ministérielle comme  simplifiant  le lycée et le bac semble pour le moment engluée dans divers dysfonctionnements (« usine à gaz »), qui accentuent le stress, la fatigue des élèves comme des collègues. En l’état actuel, elle donne aux élèves et aux parents une image d’impréparation, d’improvisation,  dégrade les conditions de travail et d’apprentissage  et ne remplit  pas ses objectifs.  De nombreux collègues, faute d’informations essentielles arrivées en temps et en heure, ont été dans l’incapacité de répondre aux questions des parents lors des réunions de début d’année (date des E3C, grand oral, nature des épreuves de terminale, quelles spécialités choisir, abandonner …).
M. Lahaye explique qu’il faut revenir au sens de ce contrôle continu, qui est une chance formidable pour valoriser le travail régulier des élèves, avec un cadre d’examen, certes, mais plus souple. Les élèves auront un retour de correction de leurs copies d’examen, ce qui n’était pas possible avant avec les copies du bac.  La réforme est conçue pour mettre fin à ce scandale : 60% des étudiants n’arrivent pas à avoir une licence en trois ans. En janvier, toutes les épreuves de terminale seront connues. Les textes sont quasiment prêts. M. Lahaye est partisan de hâter le mouvement pour que les professeurs puissent partir en vacances avec tous les documents nécessaires à la préparation de la rentrée.

Les E3C : BNS, choix des sujets, barème et corrigé, correction, rémunération, harmonisation …

De nombreux collègues sont inquiets en raison des retards successifs et du flou entourant la mise en place de ces épreuves.  Nous soulignons que la numérisation n’était pas prévue à l’origine et qu’elle semble compliquer inutilement l’organisation (écrans ; établissements mal équipés … nombre de postes informatiques insuffisant ; problèmes de réseau, d’internet…). La BNS montre, selon les disciplines, un nombre très variable de sujets, soit suffisant, soit trop faible, soit peu adaptés aux progressions (maths). En langue, les deux épreuves devraient être interverties pour des questions de cohérence programmatique… Les collègues, devant cette charge de travail supplémentaire,  se posent des questions sur la rémunération, jugée très inférieure à celle des corrections du baccalauréat.

M. Lahaye rappelle qu’il reste un cadre national avec une banque nationale de sujets, une anonymisation des copies et une harmonisation. Il n’y aura pas autant de bacs que de lycées. C’est une évaluation, mais dans le cadre d’un examen, d’une autre nature que celle qui a lieu dans le cadre du cours ; plus formelle mais plus souple que la seule épreuve terminale. Un cadre souple mais sous contrôle. La BNS est désormais ouverte aux professeurs accrédités par le CDE, elle se remplit ; l’outil est perfectible et tout fonctionnera bien d’ici le 20 janvier.

Les professeurs choisissent les sujets et le CDE signe. Tout professeur corrige dans son établissement. Les copies sont anonymes (et la numérisation est ici un avantage). Si des CDE veulent effectuer des échanges dans le bassin, il est souhaitable que cela se fasse en concertation avec les équipes. Les sujets qui sont très choisis sortiront de la banque ; comme ceux qui ne seront que peu ou jamais choisis. Il n’y a pas de risque de bachotage avec des centaines de sujets. Il y aura harmonisation après. Sur tous les sujets choisis, il y aura une analyse des effets de bord, des actions ciblées pour voir les écarts, une péréquation par établissement, dans l’établissement. Il n’y aura pas de corrigé fourni dans la BNS. On fait confiance aux professeurs pour établir une correction en fonction des attentes. En HG, 10 points par matière. Dans certaines disciplines il peut y avoir un barème plus fin. Il n’est pas possible de scinder les sujets d’histoire et de géographie de la série générale car cela empêcherait l’harmonisation prévue sur des sujets globaux.
Le chantier de la numérisation n’est pas encore terminé, mais tout sera prêt ; les différents services sont confiants, tous les problèmes seront réglés. Le logiciel est SANTORIN et il fonctionne. Les élèves auront accès à leurs copies en ligne. Chaque correcteur sera payé 50 euros pour le lot de copies. C’est une prime de participation aux E3C.

Toutes les remarques sont transmises au Comité de suivi de la réforme qui a débuté ses travaux.

Les programmes et la mise en œuvre de la réforme

Les collègues de LV voulaient des programmes ouverts sur divers domaines mais se retrouvent avec des programmes très littéraires, trop compliqués. La spécialité LLCER  est choisie par des élèves qui ne sont pas vraiment littéraires.
Les collègues de lettres ont des remarques relatives au nombre trop important de textes.
En HLP, ceux de philosophie ne veulent pas être contraints de travailler en interdisciplinarité. M. Lahaye répond qu’un mur de Berlin a été érigé entre les deux disciplines.
En Maths,  les collègues ont du mal à enseigner la spécialité à tous, les élèves venant de familles très différentes. S’il est légitime d’avoir des programmes ambitieux, un programme si difficile pose des problèmes : découragement des élèves, question de la poursuite de la spécialité maths ou même de son choix alors qu’elle n’est de toute évidence pas conçue pour tous les élèves. Ceux qui ont un profil ex-ES sont d’ores et déjà en difficulté et abandonneront. Ceux qui sont en seconde ne la prendront pas. Il faudrait prévoir un niveau moins exigeant mais utile pour d’autres matières.  L’APMEP souhaite la création d’une seconde spécialité  qui rencontrerait son public. Les collègues rencontrent également des difficultés avec l’enseignement scientifique. Le programme est ambitieux avec des classes à 36, non dédoublées et des élèves qui n’ont pas pris de spécialités scientifiques.
L’APHG souligne que les injonctions contradictoires du ministère, le calendrier annoncé et non respecté, les discours variables d’une académie à l’autre, le manque de clarté de certains textes, la difficulté à les trouver… ne facilitent pas la tâche des collègues, mais génèrent au contraire du stress. Par exemple, pourquoi ne pas indiquer très clairement dès la rentrée si en HG, les élèves inscrits en SIB passaient ou pas les E3C ? L’ouverture sans cesse retardée de la banque a mis sous pression des collègues très consciencieux et soucieux de préparer leurs élèves le mieux possible.
Comment différencier avec des effectifs pléthoriques, des classes très hétérogènes, des élèves qui arrivent du collège sans maîtriser les bases ? Nous sommes sollicités par des parents d’élèves visiblement « perdus » et ne sachant comment aider leur enfant dans ses choix, ajoutant que la réforme a été présentée avec l’argument du choix des spécialités, pour étudier ce qui intéresse, ce qui motive…mais que si les attendus de ParcourSup sont différents, que les deux parties du tube secondaire/supérieur ne s’emboîtent pas, les parents se sentiront floués et le feront savoir…
Les collègues devant pleinement saisir leur liberté pédagogique mise en avant lors des discussions avec le CSP, l’APHG ne demande pas de réécriture des programmes mais songe à d’éventuels aménagements et/ou simplifications, en particulier pour les élèves des séries technologiques, qui ont un horaire plus faible et qui ont besoin de davantage de temps pour entrer dans certains apprentissages.
L’association consultant régulièrement les collègues, un bilan sera effectué par l’association à la fin de l’année.  L’EMC, qui a un programme national, doit être affectée en tant que telle dans la DHG de manière à ce que le programme puisse être effectué, et les élèves bénéficier d’une évaluation valorisante, surtout s’il y a un projet de classe (ce qui peut parfois s’avérer complexe à mettre en œuvre avec 35 élèves…).

Pour les SES, un programme trop lourd se heurte à la question des moyens avec une perte massive des dédoublements. Il sera nécessaire de faire un bilan de ce nouveau programme et le cas échéant de prévoir des aménagements. L’enquête menée par l’APSES montre que le nombre d’élèves par groupes a augmenté et que les dédoublements sont beaucoup moins nombreux. Les SES ne sont pas les seules touchées par cette dégradation.

Nous ajoutons que l’abandon d’une spécialité en terminale n’est pas forcément pertinent et que cela met en péril des disciplines déjà rares et qui sont pourtant suivies dans l’enseignement supérieur, et que le choix ne doit pas réduire les opportunités de formation des élèves.

M. Lahaye met en avant la marge définie nationalement et dont chaque classe bénéficie, à raison de 12,5 h par classe en seconde, 8,5 par classe en première et 8,5 par classe en terminale.

Nous évoquons le problème du partage de cette marge d’un établissement à l’autre, car elle doit financer les groupes, les options, l’AP… Certains collègues se retrouvent devant le fait accompli sans avoir pu discuter. Pour l’APSES, la marge n’est clairement pas suffisante, le manque de moyens accentue les inégalités… L’APLV souligne que le problème des effectifs est réel avec une augmentation du nombre d’élèves par classe, le renoncement à bon nombre de projets spécifiques : comment former de bons linguistes avec 35 élèves par classe ? En série technologique, se pose également le problème de la co-intervention (ETLV) qui supprime une heure au professeur de LV (mais qui doit faire le même programme), accroît sa charge de travail a fortiori avec un collègue qui ne pratique pas toujours et quelquefois pas du tout la langue concernée. 
M. Lahaye rétorque que les inégalités existent depuis le plus jeune âge, que nous avons le lycée le plus cher d’Europe avec des dépenses qui ont lieu depuis des années au détriment de l’école primaire, parent pauvre de l’éducation. Que c’est un choix assumé d’affecter des moyens, en dédoublant les CP… Il ajoute qu’il y a actuellement une croissance démographique  qui atteint le collège et le lycée, mais la décrue à l’œuvre en amont, entraînera la baisse mécanique du nombre d’élèves par classe dans le secondaire plus tard.

M. Pantaloni (UPBM) évoque les inquiétudes des collègues concernant la voie technologique. Les séries STL et STI2D ont vu leurs effectifs fortement diminuer avec la mise en place de la réforme.
Nous pensons que des élèves de « profil technologique » plutôt scientifique qui n’auraient pas été acceptés en première S avant la réforme et se seraient orientés en voie technologique, peuvent maintenant s’orienter en voie générale en « évitant » certaines spécialités (avec le risque de ne pas réussir…).
Par ailleurs, la communication sur la voie technologique a été insuffisante par rapport à celle sur la voie générale. Horizon 2021 par exemple, ne prend pour l’instant en compte que la voie générale. M. Lahaye répond que dans le nouveau site, la voie technologique sera visible.
Par ailleurs, même si les effectifs en ST2S sont restés stables, nous appelons à la vigilance : le recrutement en IFSI se fait désormais via ParcourSup et les ST2S ont été plus ou moins bien acceptés en IFSI selon les académies. Nous craignons que des collègues/chefs d’établissement en viennent à déconseiller la ST2S à des jeunes de « profil technologique » souhaitant s’engager dans une carrière d’infirmier (ière). 
Il nous apparaît nécessaire de revaloriser la voie technologique, qui touche des secteurs d’importance économique majeure (biotechnologies, développement durable, santé et social en particulier) :
-          en mettant en place une importante campagne de communication au niveau national (spots, flyers ; information sur les poursuites d’étude et les carrières possibles, traitement équitable par rapport à la voie générale…)
-          en assurant le recrutement des élèves de voie technologique vers les IUT et les BTS
Le problème des bacs pro imposés dans certains BTS avec lesquels il n’y a pas adéquation des formations est soulevé ; cela génère souffrance des élèves de bac pro qui se retrouvent souvent en échec et abandonnent et des élèves ayant un bac techno « moyen » qui n’ont pas obtenu de place en BTS (puisque bloquées pour des bacs pro « non adéquats ») et se retrouvent à l’université où ils réussissent peu. Une liste nationale des correspondances bac pro/BTS possible pourrait être proposée.

M. Lahaye évoque le Comité de suivi de la réforme qui commence ses consultations, aborde l’examen de la mise en œuvre, a été saisi de demandes présentées par les syndicats. Le ministre s’exprimera dans le courant du mois de janvier. Il ajoute que certaines questions exposées ici ont été abordées au Comité de suivi. Il y a des parcours alternatifs possibles avec les maths : spécialité maths / maths complémentaires  à mixer avec des profils intéressés par les LV / maths expertes[2].  Les difficultés liées aux mathématiques ne sont pas une découverte : on avait auparavant des lycéens obtenant un bac S avec des notes satisfaisantes en PC et SVT mais mauvaises ou très mauvaises en maths, et ceux, qui, avec ce bac S, ne poursuivaient pas d'études scientifiques dans le supérieur. Ce programme est celui de ES mais avec davantage de géométrie, mais mené de manière différente, avec plus de réflexion, de démonstration. Il a la conviction qu’on est là dans un programme de vérité en mathématiques, afin d’avoir les bases nécessaires pour correspondre au niveau attendu. Il faut réfléchir à la différenciation. La différenciation suppose aussi un financement des dédoublements et une réflexion sur la composition des groupes.

La réunion se termine après des échanges concernant le CAPES. Une nouvelle réunion aura lieu début 2020.
Pour le Secrétariat de la Conférence,
Christine Guimonnet

NB 
AP (accompagnement personnalisé) ; BNS (banque nationale des sujets) ; CDE (chef d'établissement) ; CSP (Conseil Supérieur des Programmes) ; DHG (dotation horaire globale) ; EMC (Enseignement moral et civique) ; HLP (Humanités littérature et philosophie) ; 
IFSI (Institut de formation en soins infirmiers) ; LV (langues vivantes) ; SES (Sciences économiques et sociales) ; SIB (section internationale britannique) ; SVT (Sciences de la Vie et de la Terre) ; ST2S (Sciences et technologies de la santé et du social) ; STI2D  (Sciences et technologies de l’industrie et du développement durable), STL (Sciences et technologies de laboratoire)




[2]Cela ne semble clair ni pour les élèves ni pour les professeurs

mardi 19 novembre 2019

COMMUNIQUE DE LA CONFÉRENCE REFORME DU LYCÉE ET DU BAC



COMMUNIQUE DE LA CONFÉRENCE 


REFORME DU LYCÉE ET DU BAC

La mise en place de la réforme au sein des lycées confirme et renforce les craintes que les associations siégeant au sein de la Conférence ont déjà exprimées. Le ministère n’a pas tenu compte des remarques de bon sens pourtant présentées par les professeurs lors de consultations et concertations précédentes.

Après une fin d’année scolaire extrêmement tendue, les méfaits de cette réforme menée à marche forcée, éclatent désormais au grand jour. Cette réforme avait pour buts de simplifier le baccalauréat, d’améliorer les conditions d’apprentissage et de mieux préparer les élèves à l’enseignement supérieur. 
Les premières semaines de cours montrent qu’elle désorganise la vie des établissements et soumet les élèves à un contrôle permanent, peu propice à l’apprentissage. L'égalité des chances et des territoires, déjà mise à mal depuis plusieurs années, est aggravée. 
La rentrée scolaire s’est déroulée dans de très mauvaises conditions dans beaucoup d’établissements.

La Conférence alerte sur :
·         le décalage permanent entre les projets affichés et les difficultés de la mise en œuvre sur le terrain, et la complexification d’un bac qu’on entendait simplifier ;

·         les effectifs pléthoriques, le manque de dédoublements et les programmes chargés qui compliquent les conditions d'enseignement ;

·         l'absence de mathématiques du tronc commun qui déséquilibre la formation de bon nombre de lycéens généraux ;

·         l'amoindrissement de la diversité linguistique dans le cadre de la spécialité LLCER par exemple pour le russe, le portugais …

·         la fragilisation et la disparition programmée des options (LV3, arts, langues anciennes) ;

·         l'irrespect du calendrier : la banque de sujets n'est pas prête ;

·     l'atmosphère d'évaluation permanente anxiogène pour des élèves qui ont besoin de temps pour entrer dans les apprentissages et progresser ;

·    des tests de positionnement inutiles, mal conçus et dont les résultats ne permettent pas d’évaluer correctement le niveau des élèves ;

·  le refus de cadrer nationalement ou académiquement les épreuves de contrôle continu pour qu’elles soient évaluées dans tous les établissements de la même manière : en plus de désorganiser les enseignements, ces E3C rompent avec le principe d'égalité, multiplient les motifs de recours et les moyens de pressions sur les correcteurs ;

·         le flou inadmissible qui entoure l'épreuve du grand oral et ses conditions de préparation, avec, entre autres, une interrogation sur la place accordée aux langues vivantes ;

·   la concurrence délétère que le choix des spécialités introduit entre les disciplines, et que renforce l’abandon de l’une d’elles en fin de Première ;

·  le problème de la co-intervention en série technologique et en lycée professionnel, qui nécessite beaucoup de préparation mais ne compense pas les heures disciplinaires supprimées

·         l'incompatibilité entre un horaire contraint, une évaluation permanente et la pédagogie de projet qu'on nous incite pourtant à mettre en œuvre.

La Conférence dénonce l'impréparation manifeste de cette réforme, la multiplication d'injonctions contradictoires, les tensions qui pèsent sur les professeurs, dégradent leurs conditions de travail et les empêchent d'exercer correctement leur métier.

Pour toutes ces raisons, la Conférence demande à être reçue au plus vite par le Ministre, afin que ces réformes du lycée, du baccalauréat, du lycée professionnel puissent être remises à plat, véritablement discutées et que nos constats soient réellement pris en considération.


Signataires : ADEAF, APBG, APFLA-CPL, APEMu, APHG, APLettres, APLV, APMEP, APPEP, APSES, APSMS, CNARELA, Sauvez les lettres, SLNL, UdPPC, UPBM








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